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Habanera Walking

"Árbol en primera escena"

Le Théâtre Tacón

Au cœur de La Havane, une énigme de pierres et d’oubli s’étendait, à l’ombre du Capitole éclatant, frôlant la grâce du Gran Teatro Alicia Alonso et le faste retrouvé du cinéma Payret. Mais lui, ce théâtre sans nom, veillait sur ses souvenirs dans l’abandon, effacé de l’histoire comme les pharaons honnis qu’on s’acharnait à gommer des fresques anciennes. Déchus de la mémoire et bannie des temples, condamnés à n’être que brisures dans le sable, La Havane, fière de ses restaurations triomphantes, détourne les yeux : l’oubli gagne, l’héritage vacille.

J’ai eu la chance, un matin bleu et chaud de janvier 2018, de croiser son regard fatigué, de capter avec l'objectif et le pinceau le vertige de sa chute finale. Les arches fendillées, les portes closes, les silences accumulés sur les sièges vides chuchotaient l’éclat d’une vie dissoute.
Et là, au-dessus de l’ombre et de la poussière, un détail s’est offert à moi comme une signature : le blason du théâtre Tacón. Cadeau discret, presque secret, comme s’il savait que j’allais inscrire son empreinte dans l’aquarelle pour revendiquer sa belle et valeureuse histoire.

Ce théâtre fantôme emporte avec lui la beauté fragile de l’art, la fragilité de la mémoire, la trace d’un passé trop vite effacé. Il demeure, dans la transparence d’un rêve ou le pigment d’une aquarelle, le témoin silencieux de ce que les hommes préfèrent parfois oublier, alors qu'il fut sans égal, le plus beau théâtre d'Amérique latine.

Poème associé

" Arbre en première scène"

Le Gardien du théâtre est parti.
Il a tiré sa révérence.

En silence,
Il a vu sa gloire et sa décadence.

En silence,
Il s'est vêtu de la toile collante de l'araignée,
Veuve, Noire, Imperturbable.

Muré, dans son silence,
Il a vu la Renaissance d'un Colosse Capitole,
Fantôme d'un peuple,
qui s'est tu
pour toujours.

©Liz Barthel. Tous droits réservés.
Poème -29-07-2025

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