Habanera Walking
"Primera Huella"

C’est ici que tout a commencé.
Longtemps, l’aquarelle m’a résisté.
L’eau m’échappait, refusait de se plier à ma volonté. J’étais dans le contrôle, frustrée, découragée… jusqu’au jour où je suis tombée sur le livre Voyage de Michèle Battut.
Ce fut une révélation. À ce moment-là, j’étais clouée chez moi, malade. Mon corps ne me portait plus. Je ne pouvais plus marcher. Mon esprit, lui, vagabondait — vers Cuba, que je n'avais pas revu depuis douze ans. J’envisageais d’y retourner pour me soigner, à la cubaine, avec les médecins… et avec les esprits. Le travail de Michèle Battut m’a bouleversée.
Devant ses toiles, j’ai ressenti un appel profond : celui de me remettre en mouvement. Pour la première fois, j’ai eu envie d’apprendre à reproduire son émotion. Pas à l’huile — je ne pourrais jamais atteindre sa maîtrise. Mais avec ce que j’avais : l’aquarelle, encore indomptée.
Et là, quelque chose a basculé.
J’ai lâché prise. Une forme de communion s’est opérée, instinctive, presque magique. J’ai peint sans technique académique, sans chercher la transparence — car ce n’est pas ce que je poursuis.
Je cherche la trace du temps, les murs écorchés, les couleurs rongées, les silences incrustés dans la pierre.
Je cherche le souvenir, les strates d’histoire, la lumière qui glisse entre les fissures.
L’eau, elle, connaissait le chemin pour déchiffrer ce que mon âme et mes sentiments n'arrivent plus à exprimer.
"Fille de l’eau, esprit du feu." Iyawo Yemaya, épouse de l’eau — voilà ce que je suis.
Avec cette première aquarelle, je suis revenue chez moi. Les peintures de Michèle Battut m’ont ramenée à mon pays — à ses rues fatiguées, à mon peuple fatigué, enthousiaste et endurant.
Ce mur, ces deux fenêtres fermées derrière leurs barreaux, cette porte fatiguée… Ce sont les vestiges vivants d’un lieu que je reconnais : La Havane. Celle de mon enfance, de mes errances, de mes adieux.
Ce premier tableau est né de l’absence — de ma famille, de mes aîné·es, de ma terre.
Et c’est par ce geste, par cette image, que j’ai commencé à revenir vers moi. L’œuvre de Michèle Battut m’a montré le chemin : celui de la guérison. Son œuvre a été la thérapie qui m’a propulsée en avant.
